1. Quand le corps commence à faire autrement
Il n’y a pas eu de point de départ clair.
Pas de date précise.
Pas de phrase qui aurait tout déclenché.
Juste un corps qui, un jour, a commencé à faire autrement.
Parkinson est entré dans ma vie sans prévenir.
Il a pris de la place, bien sûr.
Mais il n’a jamais tout pris.
Très vite, j’ai compris que je ne voulais pas raconter la maladie.
Je voulais raconter ma vie avec.
Ses ajustements.
Ses détours.
Ses frottements avec le monde.
2. Écrire pour rester entière
Alors j’ai écrit.
Pas pour expliquer.
Pas pour convaincre.
Pas pour être courageuse.
J’ai écrit pour respirer.
Pour poser les choses.
Pour ne pas disparaître derrière les symptômes.
J’ai écrit sur ce corps qui ralentit,
sur les gestes qui se figent parfois,
sur la fatigue qu’on ne voit pas,
sur les rendez-vous médicaux qui mesurent beaucoup
mais n’écoutent pas toujours ce qui se passe à l’intérieur.
J’ai écrit aussi sur la colère.
Sur l’injustice.
Sur cette sensation étrange d’être en décalage,
comme si le monde avançait sur une autre cadence que la mienne.
3. Le mouvement comme point d’appui
Et puis il y a eu le mouvement.
Marcher.
Courir.
Avancer quand même.
Pas pour performer.
Pas pour défier la maladie.
Mais parce que le mouvement m’aide à tenir debout dans ma vie.
La course n’a jamais été un exploit.
C’est un endroit.
Un espace où je négocie avec mon corps,
où j’écoute ce qu’il autorise,
où je renonce parfois,
où je m’adapte toujours.
Préparer un marathon, ce n’est pas une victoire.
C’est une manière de continuer à habiter mon corps,
même quand il résiste.
4. Same same but different
Sur ce chemin, j’ai rencontré un coach.
Il est amputé de la jambe gauche.
Quand on court ensemble, on ne court pas pareil.
Mais très vite, j’ai compris que nos ressentis se rejoignaient.
La vigilance permanente.
L’adaptation.
L’écoute fine du corps.
Moi, c’est dégénératif.
Lui, c’est un corps qui a beaucoup vécu,
et qui continue d’avancer.
Alors on a fini par se dire que c’était
same same but different.
Il n’y a pas de hiérarchie entre les corps.
Juste des façons différentes de composer avec ce qui est là.
5. Une traversée collective
Autour de nous, il y a une équipe.
Pas toujours rapide.
Pas toujours très dynamique.
Mais profondément humaine.
Une lenteur qui n’agace plus.
Une présence qui rassure.
Il y a aussi des enfants en situation de handicap.
Leur regard ne s’arrête pas à la performance.
Ils voient le mouvement, pas la norme.
Avec eux, je ne me sens ni forte ni fragile.
Juste à ma place.
Et puis il y a d’anciens sportifs de haut niveau.
Rugby. Athlétisme.
Des corps qui ont connu la puissance, la maîtrise, l’exigence.
Et qui, aujourd’hui, apprennent à faire autrement.
Eux aussi.
À force de rencontres, j’ai compris une chose :
je ne préparais plus seulement un marathon.
Je traversais un endroit.
Un endroit fait de corps différents,
de rythmes décalés,
de fragilités assumées
et de forces discrètes.
Je continue d’avancer.
Lentement parfois.
Difficilement souvent.
Mais je ne cours plus jamais vraiment seule.
Madame Parkinson
Une réponse
wouah magnifique récit d’un parcours de vie atypique une force intérieure une résilience .tu vous êtes une femme extraordinaire tu,vous êtes un exemple,une locomotive pour beaucoup d’entre nous vivre comme une personne à par entière malgré les défis de la maladie ,du handicap Tu,vous êtes une douce d’inspiration un rayon de soleil ou d’autre cse seraient laisses envahir par la brume la grisaille . Respect madame Parkinson